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4 février 2018 7 04 /02 /février /2018 13:42

Monsieur et Madame KRAMER se sont mariés, ont eu trois enfants, deux liaisons, une maison achetée à crédit, et quelques disputes, suffisamment graves, tout en restant assez banales, pour qu’ils décident de s’engager dans une procédure de divorce par consentement mutuel.

Ils sont d’accord sur tout, comme l’on dit, la rupture et le reste, alors ils prennent le même Avocat car la Loi le leur permet encore – ca ne va pas durer ! – et déposent conjointement une requête en divorce en indiquant que leur maison est vendue, car ayant déjà signé l’acte sous seing privé, ils savent que l’acte de vente sera passé depuis longtemps le jour où le greffe surbooké se décidera à les convoquer afin qu’ils soient entendus par le Juge qui prononcera leur divorce.

Le jour est arrivé et les presque futurs ex époux KRAMER, d’accord sur tout, poireautent dans la salle des Pas- perdus parmi un nombre assez considérable de couples plus ou moins au bord du meurtre, d’avocats blasés se racontant leur week-end, et cette odeur où se mêlent en proportion inégales selon les jours, sueur, anis, poussière, encre et javel, qui colle définitivement à l’administration de la Justice.

L’attente. Cette chose lourde et idiote qui scande de son souffle vide les journées d’audience.

Ça y est, c’est à eux.

Les époux KRAMER d’accord sur tout, qui ont fait tout bien et attendent juste leur papier pour poursuivre leur existence, comparaissent.

Quand avez vous vendu votre maison, demande la Juge. LA question à cent balles du mardi matin ! Les époux KRAMER tombent tout droit dans le piège. Quoi s’égosille la magistrate, vous avez écrit que la maison était vendue alors qu’elle ne l’était pas encore ? Quoi, l’essentiel est qu’elle soit vendue aujourd’hui ? Mensonge ! Faux en écriture ! Scandale ! Altercation avec l’Avocat, suspension d’audience pour monter chercher quelque grimoire sous les yeux hagards des autres divorcés en puissance dans les affres de l’attente déjà depuis des heures « Shit l’avocat nous a pourtant dit que ca allait être cool » Reprise d’audience en fanfare, requête irrecevable.

Entre temps une réforme intervient, tel un point d’exclamation, et voila, le divorce sans juge est né. Les époux doivent avoir chacun un Avocat différent et divorcent en signant une convention établie par ces derniers, qui sera par la suite déposée chez un Notaire.

Les époux KRAMER d’accord sur tout doivent donc avoir chacun un Avocat différent et les frais qui vont avec.

La convention est signée dans la Joie et la bonne humeur et envoyée prestement chez un Notaire pour homologation, ça fait déjà huit mois que l’usine a gaz a commencé.

Là, les choses se gâtent de plus belle.

Pensez donc, ce Divorce sans Juge, ce sont les Notaires qui auraient dû l’avoir. Ca aurait eu une sacrée gueule que les gens viennent divorcer chez leur Notaire au lieu de faire ça chez les Avocats, le Notaire étant réduit à un genre de chambre d’enregistrement ! Scandale !

Maitre Honoré GRAPAZZI, Notaire à la résidence de PAMPERIGOUSTE, comme aurait écrit le bon DAUDET, s’empresse donc de refuser d’homologuer la convention pour une erreur de date, facilement amendable. Comment ? Resigner juste une page sur les douze que comporte l’acte ? Scandale ! Déraison ! Prévarication !

Les époux KRAMER d’accord sur tout, qui ont fait tout bien et attendent juste leur papier pour poursuivre leur existence, doivent reprendre encore leur copie.

Et commencent déjà à moins rigoler.

A ce moment là, les Avocats se fâchent à mort avec le Notaire et décident d’en solliciter un autre.

On envoie rapidement la requête retoquée par l’autre, avant que les époux KRAMER d’accord sur tout commencent à moins être d’accord.

Le nouveau Notaire voudrait bien, oui, certes, mais non, il peut point, les délais sont dépassés tout ca, et on s’en contrefout que les époux KRAMER d’accord sur tout, qui ont fait tout bien et attendent juste leur papier pour poursuivre leur existence, doivent reprendre une troisième fois leur copie.

Bon, on garde le même Notaire et on recommence tout au début, ça fait déjà plus d’un an que les deux Avocats, leur secrétariat, collaborateurs, stagiaires et toutim regardent ce dossier avec des yeux agrandis de frayeur en se demandant ce qui va leur péter au visage et s’ils pourront divorcer les époux KRAMER d’accord sur tout avant que l’un des deux ne tue l’autre.

La quatrième convention est signée d’une main tremblante par les quatre protagonistes qui sont tout doucement en train d’envisager la possibilité que l’Univers tout entier, les Puissances Divines qui nous gouvernent, les Anges et tous les Saints ne soient sans doute pas vraiment ok pour ce divorce.

C’est alors que le Notaire imperturbable retoque une troisième fois la copie, et oui bonne gens, vous n’avez pas mentionnés tous les prénoms des enfants, vous savez ces prénoms atroces et improbables qu’aucun tribunal ne s’est jamais soucié de reproduire à l’époque où les tribunaux divorçaient les gens, ces prénoms, va falloir les mettre à présent, ça vous fera un peu les pieds.

Nous en sommes là.

Une procédure jugée irrecevable devant le Tribunal par un magistrat amnésique ne sachant plus qu’au dix neuvième siècle on appelait les gens de sa sorte des « juges de paix », et trois requêtes conjointes de base retoquées successivement sur l’autel de la revenchardise notariale la plus mesquine

Et les époux KRAMER d’accord sur tout, qui ont fait tout bien et attendent juste leur papier pour poursuivre leur existence, doivent reprendre leur copie pour un cinquième round.

Quinze mois que ça dure...

On lâche rien.

Au secours !

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5 janvier 2018 5 05 /01 /janvier /2018 07:35
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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 23:55

Arrive toujours un jour le moment ou l’on se pose la question du sens des choses, de ce que l’on fait, de comment on le fait et de pourquoi on le fait.

Sacrifiant à la mauvaise habitude consistant à consulter Facebook dès le réveil, je suis récemment tombé sur la correspondance que mon confrère Eric Dupont Moretti a si bien fait d’adresser à BHL, l’homme qui a réussi le triste exploit de salir nos yeux avec le blanc de ses chemises, à propos de l’affaire Merah.

L’immense et indépassable Jacques Verges n’a pas été autant conspué alors qu’il défendait Klaus Barbie dont on m’accordera qu’il avait un taux de détestation autrement plus élevé qu’Abdelkader Merah.

Je sais que l’exercice de la défense pénale posera toujours problème aux imbéciles, aux accusateurs nés, aux dénonciateurs, et de façon générale aux bien pensants de tous ordres tellement certains de leur perfection qu’ils savent ne jamais avoir besoin de nous.

Pour autant, ce déjuge de crachats lancés sur ce confrère reste indigne d’une société évoluée et mature, et qui, bien loin de s’améliorer, semble se recroqueviller dans un recul de la pensée et une frilosité mentale préoccupantes.

Quand va-t-on oser comprendre et admettre ce qu’est un Avocat ?

Tous les jours des gens entrent dans mon bureau et disent « Bonjour Maitre ». Mais que mettent-ils dans cette adresse ? Et moi que dois j’y mettre ?

A l’occasion de la refonde de l’identité visuelle du Cabinet, nous avons donc été amenés à nous poser un peu, nous couper d’un rythme souvent trépidant et retrouver du sens dans notre action.

 

 

L’avocat est ce Caméléon, guerrier sacré en Afrique, redoutable bretteur, tout à la fois acharné et subtil, qui dans la spirale de sa queue, arrache, provoque, suscite et retrouve l’alpha et l’oméga, la vérité judiciaire en somme.

Mais « Être Maitre » ?

Être Maitre c'est d abord être Maitre en Droit, le symbole des connaissances acquises au cours des longues années d études, et de l'expertise qui est aujourd'hui celle de tous les membres du Cabinet.

Être Maitre, c'est la représentation de notre indépendance vis à vis de tous et de tout, de la maîtrise que nous avons dans le choix de nos clients, dans l'élaboration de notre argumentation, dans les rapports que nous pouvons entretenir avec les puissances de l’état et les puissances de l’argent.

Être Maitre c'est posséder la maîtrise de notre Art, et l'exercer dans le respect total du serment que nous avons prêté de la pratiquer "avec avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité".

Être Maitre c'est être conscient que la maîtrise est un but à atteindre et que l'œuvre sera à jamais inachevée. C'est ne jamais être aveuglé par les certitudes, trompé par la force de l'habitude et abusé en restant aveugle, ou en faisant trop confiance, aux miroirs que les autres renvoient de nous.

Être Maitre c est être sur de soi tout en restant humble.

Être Maitre, c’est enfin tout simplement ne jamais renoncer à rien et le savoir.

Continuons, nous ne savons, ni ne pouvons, ni ne voulons rien faire d’autre !

 

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31 octobre 2017 2 31 /10 /octobre /2017 09:31

SAINT PIERRE -

ILE DE LA REUNION -

FRANCE -

Ce matin là, je trainais un peu avant de rejoindre le bureau.

Le ciel était d’un bleu plus lumineux que jamais, et les jacarandas flamboyaient de toutes leurs fleurs mauves sur l’avenue qui menait au Temple Tamoul Narassingua Perournal, richement enluminé et dressant haut sa flèche multicolore.

Plus loin, en rejoignant le centre ville, la pagode Guan Di exhalait des senteurs de santal et je croisais une horde de bambins – ici ont dit marmaille – en djellaba.

A coté, le minaret de la mosquée Atyaboul Masdjid baignait dans la Lumière du matin et je savais que de la fenêtre du bureau, je pouvais distinguer le haut du minaret que je ne pouvais m’empêcher de scruter lorsque l’appel à la prière retentissait, rêvant aux époques où les muezzins n’avaient pas encore été remplacés par des disques.

Rituel du café.

Je reçois une malbaraise enturbannée avec son Tilak rouge sur le front entre les deux yeux, problème relatif à son bail commercial.

Journée paisible d’un début d’été dans l’hémisphère sud.

Les cloches de la cathédrale ont à peine achevé de sonner 9 heures, que l’adan a retenti « Allahu Akbar, Ashhadu a La ilaha illallah, Ashhadu-ana Muhammada Rassullullah, Hayy ‘Ala  Salâh, Hayy ‘Alal Falah …. »

L’odeur des frangipaniers embaume mon bureau.

Pas envie de travailler, internet, Facebook, la presse, distraitement en écoutant l’adan.

Mon attention est alors attirée par un article : « La justice ordonne le retrait de la croix surplombant la statue de Jean-Paul II »

Et pas n’importe quelle décision : le Conseil d’Etat.

La plus Haute Juridiction de l’Ordre Administratif Français a été saisie pour statuer sur le sort d’une croix fichée en haut d’une statue !

 

L’histoire démarre par une délibération du 28 octobre 2006, aux termes de laquelle le conseil municipal de Ploërmel dans le Morbihan a accepté le don, fait par un artiste, d’une statue représentant le pape Jean-Paul II, destinée à être érigée sur une place publique de la commune.

La fédération morbihannaise de la libre pensée et deux autres personnes ont demandé au maire de Ploërmel de retirer ce monument de tout emplacement public de la commune et ont saisi le tribunal administratif de Rennes qui par un jugement du 30 avril 2015 a fait droit à ce recours.

La Cour Administrative d’appel de Nantes a annulé ce jugement et rejeté les demandes des requérants, qui, sans désemparer se sont pourvus en cassation devant le Conseil d’État.

Par Arrêt en date du 25 Octobre 2017, la Haute Juridiction fait droit aux demandes des requérants au visa de l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905, aux termes duquel : « Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions ».

Dès lors que la croix constitue un signe ou un emblème religieux au sens de l’article 28 de la même loi, et que son installation par la commune n’entre dans aucune des exceptions ménagées par cet article, sa présence dans un emplacement public est donc estimée contraire à cette loi, et le Conseil d’Etat ordonne son retrait.

La première impression est celle du ridicule de la situation : Trois décisions de justice, des milliers d’euros de frais de procédure, et au final une statue de jean Paul II sur une place, sans croix au dessus, comme si Jean Paul II lui-même n’était pas un sacré signe religieux ostentatoire.

Puis je pense aux crèches dans les mairies (la chasse va être bientôt ouverte par toutes les obscures fédérations de libres penseurs qui semblent pulluler de partout), aux tristement célèbres burkinis sur les plages, et à toutes ces raisons que nous avons de craindre ces ayatollahs des temps nouveaux si mal nommés « libre penseurs » traquant sans relâche le moindre signe religieux.

Serons-nous bientôt obligés d'avoir des lieux de culte aux façades neutres comme les paquets de clope, ou bien pire tagués « la religion nuit à votre libre arbitre » ? 

Devrons nous y entrer discrètement, l’air coupable, comme si l’on entrait dans une maison close (elles ont d’ailleurs été malheureusement supprimées elles aussi !...).

Je laisse errer mon regard à travers la fenêtre.

Dans le bleu du ciel, le minaret devenu silencieux, m’envoie comme un clin d’œil.

Sans doute la Divinité à qui il est dédié se contrefout de nos agitations inutiles pour changer la nature des choses, puisque dans aucun temps et aucun pays un peuple n’a vécu sans croire.

Craignez, Maires de toutes les communes, de prendre le moindre arrêté municipal ordonnant ne serait-ce que la réfection d’un monument religieux, car le comité Théodule du coin saisira le Conseil d’Etat, qui, appliquant sa jurisprudence, ordonnera la démolition de l’ensemble !

Bien sûr, fort heureusement, et avec beaucoup d’humour, le Maire de Ploërmel a réagi et je suis informé de ce qu’il a renvoyé la doxa laïcarde dans ses cordes en donnant purement et simplement la partie du domaine public sur lequel est édifiée la statue à un particulier, ce qui règle le problème, chacun pouvant, encore, construire les monuments qu’il désire chez lui !

Mais je songe encore à cette affaire en écrivant ces lignes, revenu pour un temps dans la grise métropole, où les gens ont si peur les uns des autres.

Je songe à ce département français de l’Ile de la Réunion où les habitants n’ont jamais songé à se dresser les uns contre les autres pour un vêtement, un colifichet ou une odeur d’encens, disparues les croix, les statues de Saint Expedit aux carrefours, les panneaux Aid Moubarak en centre ville, les processions religieuses, les dragons dansant dans les rues, les appels à la prière… Disparues les cloches, les gongs, les chants, les tambours, les marches sur le feu …

Hasard du calendrier, au moment où le Conseil d’Etat décapitait une statue en Bretagne, l’Ile de la Réunion fêtait le Dipavali, la fête de la Lumière.

Selon la mythologie hindoue, les dieux supplièrent Krishna de débarrasser le monde du démon Naraka qui tourmentait le ciel et la terre. Une nuit, Krishna décapita donc le tyran avec son disque divin, le tchakra.

Au plan symbolique, la nuit représente l'ignorance de l'être humain de son essence divine, et le tchakra la connaissance qui tranche cette ignorance.

Cette fête est l'occasion de célébrer Latchimi, déesse de la Lumière et de la Prospérité. Les croyants, en costume traditionnel, se déplacent avec des bougies en procession nocturne et allument chez eux de petites lampes de terre cuite.

D’ailleurs cette Lumière de la connaissance, cette Lumière issue du siècle éponyme, cette Lumière qui libère et qui délivre, cette Lumière qui nous montre combien les êtres humains sont égaux entre eux et combien c’est beau de vivre ensemble, comment a-t-elle pu être à ce point pervertie pour qu’en son nom, l’on puisse former des querelles à propos d’une statue….

 

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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 13:22

Le contentieux du permis à points révèle parfois des mystères inattendus.

Lorsque je reçus Alicia en rendez vous, je me pris à songer à un roman de René Barjavel, auteur chéri de ma jeunesse, qui y évoquait - le premier à ma connaissance – le « paradoxe du grand-père », paradoxe temporel dont le but est de rendre compte du caractère problématique ou improbable du voyage dans le temps rétrograde : un voyageur temporel se projette dans le passé et tue son grand-père avant même que ce dernier ait eu des enfants. De ce fait il n'a donc jamais pu venir au monde. Mais, dans ce cas, comment a-t-il pu effectuer son voyage et tuer son grand-père ?

Ce paradoxe a stimulé l'imagination d'auteurs de science-fiction et de philosophes tentant d'apporter une réponse plausible à l'un des grands mystères modernes, à la limite de l'entendement humain : Qu'advient-il du voyageur temporel ? Il pourrait se retrouver dans un plan de réalité autre que celui qu'il a quitté et dans lequel son grand père n'a pas encore eu d'enfant ou bien, être pris dans une boucle temporelle infinie dans son seul et unique plan de réalité où il serait sans cesse amené à perpétuer son acte ou encore, être projeté dans un nouveau plan de réalité où lui-même et tous ses ascendants n'existent pas, ce qui le mettrait de fait dans l'impossibilité de perpétrer son acte...

Sur mon bureau, juste deux ou trois papiers…

La situation d’Alicia, bien loin de Barjavel et Azimov, était bien plus terre à terre : Heureuse titulaire d’un permis de conduire probatoire, elle avait un peu trop fêté on ne sait quelle occasion, et contrôlée par une maréchaussée vigilante, s’était bien vite retrouvée verbalisée pour conduite sous l’empire d’un état alcoolique, puis condamnée dans la foulée.

La donzelle s’était alors précipitée pour effectuer un stage de sensibilisation à la sécurité routière, pensant récupérer ainsi les quatre points lui permettant d’éviter la catastrophe.

Las ! Tatillonne, l’administration lui indiquait alors que son stage ne pouvait être pris en compte dans la mesure où son permis était invalidé pour solde de points nuls, et dans le même mouvement, elle recevait la sinistre lettre modèle 48 SI de triste réputation, constatant l’invalidation dudit permis.

Échec et mat. J’aime les échecs mais je ne joue que dans le but de gagner. Il a alors fallu chercher plus loin.

La Loi nous dit que lorsqu’il est obtenu pour la première fois, le permis de conduire est un permis probatoire dont le nombre de points augmente avec le temps à condition de ne pas commettre d'infraction. Le permis probatoire est doté de 6 points au moment de son obtention et ne passe à 12 points qu'à l'issue de 3 ans et si aucune infraction n'a été commise.

La règle est que si le jeune conducteur commet la première année du permis probatoire une infraction entraînant un retrait de 6 points, le conducteur est informé par lettre recommandée avec accusé de réception de l'invalidation de son permis pour solde de points nul et ile peut plus passer de stage de sensibilisation à la sécurité routière. Il doit repasser l'examen du permis de conduire.

La Loi dit encore que tout conducteur, titulaire du permis de conduire français, en cours de validité, ayant fait l'objet de l'envoi d'un courrier en recommandé avec accusé de réception lui notifiant la perte de points peut effectuer un stage pour récupérer des points, qu’il soit un conducteur novice ou expérimenté. Le stage d’une durée de deux jours consécutifs, lui permettra de récupérer un maximum de 4 points, étant précisé que le montant maximum de points pouvant être porté sur un permis est de douze pour un conducteur expérimenté, et de six la première année d’un permis probatoire.

La Loi, et surtout la jurisprudence édicte enfin la règle selon laquelle l’administration doit aviser le contrevenant de la perte de ses points, et la charge de la preuve lui incombe.

Sur ces bases, Alicia se retrouve au moment ou elle effectue son stage avec un permis probatoire affecté de six points, la perte de six points perdus à la suite de sa condamnation ne lui ayant pas été notifiée.

Ainsi, les quatre points récupérés durant le stage ne servent à rien puisqu’elle ne peut disposer de plus de six points.

Or, en réalité, compte tenu de l’infraction commise de conduite sous l’empire d’un état alcoolique, infraction entrainant la perte de six points, elle n’a plus aucun point sur son permis.
Elle peut donc profiter des quatre points générés par le stage et se retrouver ainsi avec quatre points sur son permis de conduire.

Sauf que son permis est invalidé et qu’il est impossible de réaffecter des points à un permis qui n’existe plus.

Sauf qu’elle n’a pas été avisée de la situation, et ainsi, son permis de conduire à toujours six points.

Donc elle peut faire le stage et récupérer quatre points.

Mais alors elle ne récupère aucun point supplémentaire puisqu’elle est au maximum de ses six points.

Sauf qu’elle n’a plus de points.

Donc elle peut ajouter les quatre points du stage.

Sauf qu’on ne rajoute pas de points à un permis annulé

Sauf qu’il n’est pas encore annulé

Donc …

Migraine.

Doliprane.

Ou plutôt LAGAVULIN double fermentation et Magnum 50 de H UMPANN.

Revenons à Barjavel : Son voyageur imprudent se projette dans le passé, et est conduit à tuer son arrière grand père. Dès lors, il ne peut plus exister, son aïeul n’ayant pas pu avoir de descendance. Donc ne tue jamais son arrière grand père. Donc il existe. Donc tue son arrière grand père. Donc n’existe pas. Donc ?

Il fallait expliquer à l’Administration qu’Alicia ne pouvait pas être à la fois considérée comme avoir six points, donc irrecevable à récupérer les quatre points du stage, et comme n’en ayant plus aucun, derechef irrecevable à les récupérer, s’agissant d’un permis qui n’existait plus.

Au moment du stage, elle se trouvait dans une twilight zone ou elle avait tout à la fois trop de points et pas assez, le plein de points et une absence totale de points.

La procédure habituelle fut lancée avec la vigueur habituelle, recours en annulation, référé suspension, ca rigole pas.

Nous décidâmes d’ajouter à la fusée un recours gracieux auprès du Ministre de l’Intérieur, peut être lecteur de Barjavel.

Un mois et demis après, Alicia à eu le grand plaisir de recevoir une missive à entête bleu blanc rouge lui confirmant la validité de son permis de conduire affecté de quatre points. KO debout contre la Préfecture c'est un plaisir qui se savoure !

Merci Barjavel, et toi, voyageuse imprudente qui m'a inspiré ce texte, attention aux mojitos…

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 12:24

Les années de fac, cette période communément décrite comme bénie, c’était les années à regarder les Maitres, ceux que l’on pouvait trouver sur notre chemin, et qui parfois, orientaient nos rêves, nos études et finalement notre vie.


A cette époque, déjà, j’étais fasciné par le travail mystérieux de l’Avocat, celui qui se forgeait dans le secret de son cabinet, bien loin des effets de manches et des bruits du Palais qui m’effrayaient plutôt, ce travail de construction, de création, de mise en musique du dossier.


Pour gagner.


Comment extirper les informations cruciales de la masse des pièces et des explications données, où trouver la règle juridique applicable, comment déjouer les chausses trappes et les faiblesses de l’affaire, comment gagner.


C’est l’époque des stages où l’on regarde de tous nos yeux le peu que l’on veut bien nous montrer de ce travail alchimique de création du dossier.


C’est là qu’un vieil avocat qui tenait ses bureaux vers Esquirol avait pour la première fois prononcé devant moi cette phrase mystérieuse que je devais entendre tant de fois par la suite : « L’important c’est d’avoir l’oreille du Juge ».


L’oreille du Juge ? Laquelle ? On l’attrape comment ? On en fait quoi ? Peut-on la perdre, la louer ou la donner ? La manger qui sait ?


Cela voudrait il dire que comme le dit l’adage populaire : il y a deux avocats, celui qui connait la Loi et celui qui connait le Juge ?


Forcément non pensais je alors, et aujourd’hui trainant ma robe aux quatre coins de la France depuis bientôt trente ans, que mon lecteur soit rassuré, nous avons la chance de vivre dans un pays où l’écrasante majorité de la magistrature ne connait qu’une chose : la règle de droit qu’il faut appliquer avec rigueur et impartialité. Le Juge et la Loi, c'est presque toujours la même chose. Presque.


Mais aussi, j’ai vu celle là qui, se croyant seule murmurait « que va-t-il encore nous raconter celui la ? Y a longtemps que je ne l’écoute plus ».


Et celui là, aux assises, alors que j’avais plaidé l’acquittement comme un sauvage, après un délibéré astronomiquement long, qui m’avait ainsi salué d’un « vous avez remarquablement plaidé Maitre … il m’a bien fallu six heures pour les retourner »

 

Et celui là utilisant les dispositions de l’article 700 du code de procédure civile, article permettant au juge de condamner la partie perdante à payer une partie des frais d’avocats de la partie gagnante, en fonction de la taille des cabinets d’avocats, gros cabinet gros article 700 petit cabinet petit article 700.


Et celle là qui refuse d‘autoriser d’assigner d’heure à heure pour un père qui a vu la mère de ses enfants s’envoler du jour au lendemain à 800 kilomètres, « bah de toutes façons ils sont partis maintenant donc je rejetterais forcément votre demande »


Au delà de cas sans doute caricaturaux et qui, encore une fois, ne sauraient être pris pour une généralité, quel avocat n’a pas eu bien souvent le sentiment qu’il gagnait pour de mauvaises raisons et perdait pour d’autres encore plus mauvaises ?


Et laissons les grand mots et les grands principes au placard et souvenons nous que nous sommes tous les mêmes êtres humains faits de chair, de sang, et aussi de tas de défauts, et que si les pièces du dossier tachées de café et puant la friture, déposées de la main sale de mon client à tête de faux témoin m’ont tellement agacé et perturbé dans la rédaction sereine de mes conclusions, pourquoi n’en serait pas de même pour celui qui va juger cet homme là ?


L’impartialité n’est t elle pas un fardeau bien trop lourd à porter ?


Peut on accepter un système qui, même si c’est dans moins de un pour cent des cas, laisse sa chance aux atrabilaires, aux versatiles, qui accepte que l’art de juger puisse un instant être mêlé au parti pris ?


Et d’ailleurs, aucun autre corps de métier n’a l’honneur d’être considéré comme assez impartial pour n’être protégé d’aucun garde fou.


Personne n’est choqué de savoir que toutes copies d’examen sont anonymisées et que les correcteurs ne connaissent ni les rédacteurs des copies ni leurs maitres.


Les profs seraient il donc plus perméables aux influences, plus sensibles aux ambiances, plus équivoques au regard des personnes, plus fluctuant dans leurs choix en fonction des jours que les juges ?


Et si l’on faisait rejuger à des magistrats des affaires déjà jugées en anonymisant les noms des parties et des avocats, n’aurait on pas quelques surprises ?


Mais qui veut ouvrir les yeux sur cela ?


Vaut-il mieux continuer à essayer d’avoir d’oreille du Juge ? Personnellement, les oreilles, c’est uniquement en persillade que ca m’inspire et je suis orgueilleux : je veux gagner par ma science et mon talent, pas en chuchotant à je ne sais quelle oreille.

 

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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 13:57

Ça n’avait mis que deux mois à se faire. D’abord la sortie de prison, les assistantes sociales n’avaient rien prévu comme d’habitude, il n’avait pas le droit de se plaindre bien joli qu’il sorte du zonzon, et puis c’était le début de l’été il trouverait bien des solutions.

La solution ca a été le retour à l’apart dont les serrures avaient été changées parce que personne ne s’était soucié de faire régler les loyers qu’il aurait pourtant pu payer, avec ce qu’il touchait de l’allocation adulte handicapé pour ses vertiges.

Et les meubles aussi qui avaient disparu.
Et ses filles qui ne répondaient pas au téléphone.
Et ce besoin au ventre qui revenait comme des coups de rasoir dans ses tripes. L’alcool. Que faire d’autre.

Et alors ca a été le squat, et aussi les bords du Tarn dans les roseaux où il se faisait dévorer par les moustiques et d’autres bêtes plus ou moins identifiées qui se faufilaient partout pendant son sommeil.

Et Tony.

Tony et son regard perdu dans la cellule, Tony si peu fait pour la vie en prison, il n’osait même pas aller aux douches seul et il avait raison. Il l’avait protégé. La nuit il le regardait dormir et dans son sommeil, Tony était beau comme un homme libre.

Tony lui avait promis de l’aider, dehors, et c’était sûr il le ferait.

Alors un jour il était allé chez lui mais Tony n’était pas là, enfin, jamais là lorsqu’il venait, un peu comme ses filles qui elles aussi n’étaient pas là, en vacances peut être.

Et ces bières chaudes qu’il enfilait à la suite les unes des autres, les habits qui se salissaient, puis se lustraient puis s’élimaient et aussi se déchiraient lors des bagarres pour un coin de carton, les cheveux luisant de gras et la barbe hirsute. Et les vers qui commencèrent à venir sous son pantalon après qu’il ait déféqué dans ses hardes un jour de trop de bière et trop de malheur.

Et un jour enfin, Tony lui avait dit de passer boire le café. Enfin le bout du tunnel, les yeux doux de Tony, et la force du café dans sa gorge patinée par l’alcool, papoter comme au bon temps, en prison. Il méritait bien ça.

La porte était fermée et il avait attendu et Tony était descendu avec le café à la main, déjà froid, tiens tu peux le boire sur le trottoir. Ce n’était pas possible qu’il monte, mais bon Tony était content de le revoir. Fallait quand même plus qu’il revienne, les gens ils n’aiment pas voir les cloches trainer dans le quartier.

Il lui dit qu’il n’était pas là pour mendier. Enfin, pas de l’argent.

Il avait l’impression d’être comme dans la chanson en train de mendier pour avoir son regard, sa compassion, de nouveau cette fraternité bizarre de la prison.

Il n’a pas bu le café.

Il est parti avec cette boule de feu dans son ventre que toutes les bières n’ont pu éteindre. Et les heures qui passaient voyaient cette boule grossir jusqu’à envahir tout l’espace.

Cette boule de feu, il fallait qu’il la lui renvoie, il fallait que Tony comprenne que ce n’était pas comme cela que l’histoire devait se faire.

Dans la cellule où il se trouve aujourd’hui, il revit ce moment.

La main qui pousse doucement la porte du hall. Les bruits si rassurants de la vie normale qui s’écoule partout dans tous ces immeubles, et Tony quelque part par là, avec sa machine à café, et qui ne pense pas du tout à tout lui…

Il revoit sa main qui tient le briquet, et ces poubelles qui s’enflamment comme des bûchers. Il revoit sa peur. Il revoit ses pas hésitants, et les autres bières qu’il a bues ensuite.

Il revoit le psy qui a demandé à ce qu’il soit lavé, avant de pouvoir lui parler. Il lui avait dit qu’il relevait d’une hospitalisation en milieu spécialisé. Trop d’alcool, trop de saleté trop de misère trop de tout ce dont on n’a pas besoin, et absolument rien de ce qu’on voudrait avoir.

Son Avocat a cité un bouquin qu’il n’avait jamais lu avec un nom de drogué, Vernon Subutex, qui dit « Quand on se retrouve à côté des pestiférés, une fracture nette sépare votre monde de celui des épargnés. On ne veut ni charité, ni empathie. De chaque côté des frontières, les mots n'ont plus le même sens.»

L'Avocat a même dit : lorsqu’un psychiatre écrit qu’on doit être placé en milieu psychiatrique, la prison devrait être interdite.

Verdict : Huit mois.

De prison.

Fermes.

Il a emprunté le bouquin, du coup, et ce soir Vernon Subutex lui chuchote à l’oreille « La vie se joue souvent en deux manches : dans un premier temps, elle t'endort en te faisant croire que tu gères, et sur la deuxième partie, quand elle te voit détendu et désarmé, elle repasse les plats et te défonce ».

 

 

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 11:32

La bestiole pérégrinait avec une lenteur immobile dans la lumière de midi, tache verte dans l’air que la chaleur rendait translucide.

En Afrique l’on dit : « La lenteur du caméléon ne l'empêche pas d'atteindre son but », et de fait, il a suffit que mon regard s’égare de nouveau dans le bleu du ciel pour que l’Endormi ait rejoint les épaisses frondaisons en bord de ravine.

 

Je songeais à cet aphorisme en pénétrant dans les locaux du Commissariat. J’avais été contacté par la famille d’un gardé à vue, suspecté d’avoir participé à une manière d’opération d’intimidation et de règlement de compte au cours de laquelle deux doigts de la victime avaient été pratiquement tranchés à coup de couteau.

Du shit, du fric et de l’égo, beaucoup d’ingrédients qui font bouillir les âmes et donnent  quelques tourments à ceux qui font sacerdoce de garantir la tranquillité publique.

 

Pour les Pygmées Mbuti, le caméléon Aruméi aurait aidé le dieu Aribati dans sa création du monde.

Cet animal sacré est aussi pour eux un objet de crainte, car ils le croient capable de manipuler l'éclair et lui attribuent la responsabilité du déluge : au temps où la Terre était vide de toute eau, Aruméi était grimpé sur le grand arbre Tii, qu'il avait fait pousser pour se rapprocher d'Aribati. Entendant des murmures à l'intérieur du tronc, il fendit l'arbre et aussitôt, un fleuve d'eau en sortit et submergea la Terre.

 

Je n’étais certes pas responsable de quelque déluge que ce soit, mais en tout cas empêcheur de tourner en rond, comme d’habitude. Les années passent et décidément n’y font rien, l’Avocat est toujours suspect de quelque chose dans un commissariat.

Ce jour là, le flic chargé de l’enquête n’a rien trouvé de mieux que de me refuser l’accès à mon client sous le prétexte qu’il n’avait pas demandé d’avocat en début de garde à vue. Code de Procédure Pénale ouvert (à la mauvaise page), tendu comme un mamba  devant un caméléon, hostile. Situation bloquée.

 

Il fallait ruser, les chemins de traverses conduisent souvent plus surement au but que n’importe quelle autoroute

Certes, il fut un temps ou j’aurais créé l’incident, frontal, juste pour le plaisir ou pour le jeu.

L’âge venant, et son cortège de prudences équivoques cachant autant de stratégies, je préférais battre en retraite et parler au Bon Dieu plutôt qu’a ses Saints.

Par chance le Procureur de la République était dans les murs, au cœur de son magnifique bureau Louis-Philippard et ce fut juste l’affaire d’un coup de fil. Coïncidence extraordinaire, le flic était justement en train d’acter mon intervention dans son procès verbal au moment ou nous nous manifestâmes.

Le hasard est décidément quelque chose d’incroyable me susurra benoitement le Magistrat tout en me raccompagnant à sa porte, les yeux pétillants de malice.

 

Au Togo, le caméléon dit "Observez moi bien et vous connaitrez le monde". Pour les Africains, le  caméléon est un animal positif plein de sagesse et persévérance, tolérance, prudence et patience....

 

L’art de défendre emprunte à maints égards au caméléon. Il est mystérieux, tout à la fois mouvant et rigoureux, imprévisible et calculé, appliqué et intuitif.

Et méfiez vous : un œil capable de surveiller le sol pendant que l'autre regarde en l'air, une langue qui jaillit comme un ressort pour capturer les insectes à distance, des pattes qui leur servent de pinces, et une proverbiale faculté de changer de couleur : avec tous ces atouts, les caméléons sont d'habiles acrobates et de bons chasseurs.

 

Cette impérieuse nécessité de défendre. Cet acharnement.

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 17:32

Le Code Pénal est un catalogue exhaustif et limitatif de tout ce qu’il ne faut pas faire pour éviter d’encourir les foudres de la Loi. Dès lors, tout ce qui n’est pas expressément interdit dans ce célèbre petit livre rouge (à présent parfois revêtu de bleu…) est autorisé.

La liberté est la règle, l’interdit une exception prévue à l’avance et c’est pour cela qu’il est dit que nul n’est censé ignorer la Loi.

En écoutant Monsieur K., je pense qu’il manque vraiment certaines lignes dans ce catalogue.

Monsieur K. est un homme banal, tombé amoureux d’une femme banale. Ils ont lié leur destin pour un temps qui fut finalement très bref, mais dans ce laps de temps est né un petit Jules, 15 mois au compteur au moment où Monsieur K. m’explique ce que j’ai trop souvent entendu : ils se sont séparés, et Madame est repartie vivre « dans sa famille », avec le bébé bien entendu, et comme toujours dans ces cas-là, ladite famille vit le plus loin possible du père, ici à 10 000 kilomètres de chez lui, deux continents, deux océans et un hémisphère à franchir, une pure violence. Mais avis aux amatrices, ça marche aussi entre Quimper et Nice, Roubaix et Perpignan, Metz et Bordeaux, etc …

Bref, du jour au lendemain il ne voit plus l’enfant, ne lui parle plus, ne le connait plus et il sait que très vite on s’empressera de donner au petit Jules un Tonton, un Papou, un Petit père, bref le prochain mec de la fille qui devra assumer ce rôle s’il veut entrer dans son lit.

L’intérêt d’un enfant qui est la valeur qui commande la réflexion de tout juge aux affaires familiales est bien entendu au départ que ses parents soient ensemble mais une telle situation est en train de devenir un véritable cas d’école dans une société qui a érigé le CDD comme mode de vie.

Dès lors, l’intérêt de l’enfant va être d’avoir des parents séparés qui s’entendent –c’est ce que la Loi appelle la coparentalité- et qui organisent leur vie dans le but que cette situation de séparation impacte le moins possible le quotidien de l’enfant et son intérêt à avoir des relations aussi identiques que possible avec ses père et mère.

Partant de là, depuis quelques années, nombre de décisions ne justice n’hésitent plus à transférer la résidence habituelle d’un enfant, fut-il très jeune, à son père, face à la violence du comportement de la mère qui s’empresse, dès la séparation consommée, de déménager avec armes bagages et enfant le plus loin possible.

Le principal motif affiché est souvent le même : « revenir dans sa famille » … Sauf que, Mademoiselle, grande, majeure, émancipée et sachant faire des bébés, votre famille c’est plus papa maman, mais cette chose que vous avez constitué avec l’homme qui vous a rendu mère et qui, à vie, ne vous en déplaise, sera et restera le père.

Il y a aussi la raison professionnelle. Imaginez-vous que brusquement, il est devenu totalement impossible de trouver un emploi de caissière à Toulouse, on ne sait pas ce qui se passe, tous les hyper ont fermé, la concurrence des espagnols, bref le seul endroit où il est encore possible de se faire embaucher, c’est à Strasbourg, avouons que ça tombe mal !

Le seul et unique objectif de ces mères perverties est bien d’effacer, supprimer, bref tuer ce père devenu encombrant.

Ni plus ni moins.

Et Monsieur K. dans mon bureau, joli breton aux mains tremblantes qui avait eu un coup de foudre pour la jolie métisse exilée à Brest, m’explique que son ex est partie à l’Ile de la Réunion, « retrouver sa famille » bien sûr, famille qu’elle avait pourtant abandonné avec plaisir pour aller se trouver un marin breton, et avec le gamin de quinze mois dans les bagages.

Bien sûr, j’ai demandé le transfert de résidence chez le père, mais comment l’obtenir s’agissant d’un si jeune nourrisson ?

Le petit Jules, il a besoin de son père mais il ne le sait pas vraiment encore. Pour l’heure c’est de sa maman dont il a besoin au premier chef.

Alors on va attendre quelques années, lorsque le nourrisson devenu bébé aura construit ses premières images dans un gynécée, ou pire, avec une image paternelle de remplacement, et là, le géniteur devra ramer dur pour donner envie à l’enfant de le connaitre, sachant l’on n’est père que dans le regard de la mère…

Je ne dis pas tout cela à Monsieur K. bien sûr.

La jolie métisse a le droit de redevenir intelligente…

Mes yeux se distraient un instant de mon client en train de perdre son fils lentement et presque inéluctablement, et glissent sur la couverture du Code Pénal qui incrimine encore tellement de comportements jugés normaux par la majorité de la population, et au premier chef la consommation de stupéfiants, qui fait du fric pour l’état en sanctionnant pécuniairement une carte grise pas à jour, ou une autorisation de travaux mal remplie.

Allez Monsieur le Garde des Sceaux, si vous avez le temps, pensez à toutes ces familles défigurées, à tous ces enfants privés de leur père, et complétez donc les dispositions de l’article Article 227-6 du Code Pénal qui punit déjà de six mois d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende le fait pour un parent qui transfère son domicile en un autre lieu, alors que ses enfants résident habituellement chez lui, de ne pas notifier son changement de domicile à l’autre parent.

Si un tel oubli vaut six mois, comment ne pas avoir envie de coller un an au parent qui transfère son domicile à plus de deux cents kilomètres du lieu de résidence de la famille avant la séparation dans le seul but d’entraver l’exercice des droits de l’autre parent ?

Monsieur K. me demande : je vais le voir quand finalement mon petit Jules ?

 

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 18:03

Et voilà qu’en cette période pré-électorale, François Fillon, héros proclamé de primaires surprises se retrouve passé au laminoir de la presse « d’investigation » et précipité aux gémonies.

Ce post n’est en aucune façon politique. Loin de moi l’idée de soutenir Fillon et encore moins de le dénigrer, ceux qui me connaissent sachant que je vois avec la plus extrême méfiance la chose républicaine, étant probablement né trop tard dans un monde trop moderne.

La vraie question est cette obsession du « bien sous tous rapport » où du plutôt du « pas bien sous tous rapport » hantant les têtes pas si bien faites ni si bien pleines des journalistes, car finalement, ce qui intéresse tout un chacun n’est absolument pas de mettre en évidence les qualités d’âme, de cœur, d’intelligence ou de culture mais bien de salir, de profaner, de critiquer, d’effacer, bref, de dégomer.

Et d’ailleurs pourquoi ne parler que des journalistes qui ne sont que le produit de la société dans laquelle nous évoluons ?

Un de mes clients, qui n’est pas journaliste, se trouvait voici peu de temps dans quelque mondanité à deviser et rencontre un quidam, qui ne l’était pas non plus, et qui lui demanda qui était son Avocat. Mon brave homme de client cite, tout fier, mon nom (Il peut être fier et satisfait, je pense que depuis toutes ces années que je le défends je n’ai pas perdu une seule de ses affaires !).

A ces mots, l’autre, cravaté, calamistré et parfumé, pousse des cris d’horreur et se met à lui citer une litanie de péchés que je suis censé avoir commis, « et toutes ces casseroles » ! car oui chers lecteurs, vous l’ignoriez mais dans une petite frange de population au front étroit, je suis le Darck Vador du Barreau !

Mon ami lui demande alors ingénument : Mais en tant qu’avocat, qu’avez-vous donc à lui reprocher ? C’était la question qui tue et c’était la bonne question à laquelle l’autre ne sut quoi répondre, mais l’important pour lui était d’avoir pu déverser un peu d’acide. Peut-être aussi aurait-il fallu demander à cet homme que je n’ai jamais vu de ma vie s’il me connaissait !

Cette petite anecdote, lorsqu’elle m’a été racontée – car sachez le mes drôles, lorsque vous calomniez quelqu’un, cela lui revient fatalement aux oreilles ! - m’a tout à la fois fait sourire et songer que décidément nous sommes ou devrions tous être des indéfendables, des « non-récupérables » à la façon de Jean Paul Sartre.

Nous sommes des imparfaits, peut-être même des incomplets ou des « in-finis », même si chacun de nous porte en lui le reflet de la lumière primordiale du commencement des mondes.

Imparfaits car toujours à la recherche du sens de la vie, toujours à nous demander si vraiment c’est le chemin le plus étroit et malaisé qu’il faut préférer au boulevard si tentant…

Imparfaits mais curieux de tout, pleurant de joie et de tristesse, chutant et nous relevant.

Imparfaits aussi parce que nous créons, imaginons, rêvons et nous trompons.

Imparfaits enfin parce que la beauté du jour ne peut être sans l’obscurité de la nuit.

Or, l’homme semble donc ainsi fait qu’il ne recherche pas cette lumière mais bien plus toutes les taches plus ou moins sombres qui viennent la voiler.

Dans cette image rabâchée du verre à moitié plein ou à moitié vide, c’est toujours la partie sombre que l’on se plait à décrire.

Profondément, et bien sûr professionnellement, je me considère comme un chercheur de lumière, un effaceur de taches, un chantre de la circonstance atténuante, un maniaque de la rédemption, et même oui, un faussaire de la vérité parfois triste et triviale.

L’Avocat est précisément dans son rôle à cet instant où il ne veut pas s’intéresser à ce qui fait chuter, privilégiant ce qui pourrait relever…

Finalement, cette recherche effrénée et malsaine des pailles qui fourmillent dans les yeux d’autrui, cette entreprise de démolition à laquelle se livre aujourd’hui l’essentiel de la presse française à propos de François Fillon me fait songer à l’allégorie Socratique des trois passoires :

« Quelqu'un arriva un jour, tout agité, auprès du sage Socrate :

- Écoute, Socrate, en tant qu'ami, je dois te raconter ...

- Arrête, As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois passoires ?

- Trois passoires ?

- Oui, mon ami, trois passoires. La première est celle de la Vérité. As-tu examiné si tout ce que tu vas me raconter est vrai ?

- Non, je l'ai entendu raconter ...

- Bien, bien. Mais assurément, tu l'as fait passer à travers la deuxième passoire. C'est celle de la bonté. Est-ce que, même si ce n'est pas tout à fait vrai, ce que tu veux me raconter est au moins quelque chose de bon ?

- Non pas, au contraire ...

- Essayons donc de nous servir de la troisième passoire et demandons-nous s'il est utile de me raconter ce qui t'agite tant ...

- Utile, pas précisément ...

- Et bien, dit le sage, si ce que tu as à me dire n'est ni vrai, ni bon, ni utile, oublie-le et ne t'en soucie pas plus que moi. »

Amen et votez bien braves gens … ceux du moins qui ont encore une carte d’électeur dans leur poche !

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