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31 octobre 2017 2 31 /10 /octobre /2017 09:31

SAINT PIERRE -

ILE DE LA REUNION -

FRANCE -

Ce matin là, je trainais un peu avant de rejoindre le bureau.

Le ciel était d’un bleu plus lumineux que jamais, et les jacarandas flamboyaient de toutes leurs fleurs mauves sur l’avenue qui menait au Temple Tamoul Narassingua Perournal, richement enluminé et dressant haut sa flèche multicolore.

Plus loin, en rejoignant le centre ville, la pagode Guan Di exhalait des senteurs de santal et je croisais une horde de bambins – ici ont dit marmaille – en djellaba.

A coté, le minaret de la mosquée Atyaboul Masdjid baignait dans la Lumière du matin et je savais que de la fenêtre du bureau, je pouvais distinguer le haut du minaret que je ne pouvais m’empêcher de scruter lorsque l’appel à la prière retentissait, rêvant aux époques où les muezzins n’avaient pas encore été remplacés par des disques.

Rituel du café.

Je reçois une malbaraise enturbannée avec son Tilak rouge sur le front entre les deux yeux, problème relatif à son bail commercial.

Journée paisible d’un début d’été dans l’hémisphère sud.

Les cloches de la cathédrale ont à peine achevé de sonner 9 heures, que l’adan a retenti « Allahu Akbar, Ashhadu a La ilaha illallah, Ashhadu-ana Muhammada Rassullullah, Hayy ‘Ala  Salâh, Hayy ‘Alal Falah …. »

L’odeur des frangipaniers embaume mon bureau.

Pas envie de travailler, internet, Facebook, la presse, distraitement en écoutant l’adan.

Mon attention est alors attirée par un article : « La justice ordonne le retrait de la croix surplombant la statue de Jean-Paul II »

Et pas n’importe quelle décision : le Conseil d’Etat.

La plus Haute Juridiction de l’Ordre Administratif Français a été saisie pour statuer sur le sort d’une croix fichée en haut d’une statue !

 

L’histoire démarre par une délibération du 28 octobre 2006, aux termes de laquelle le conseil municipal de Ploërmel dans le Morbihan a accepté le don, fait par un artiste, d’une statue représentant le pape Jean-Paul II, destinée à être érigée sur une place publique de la commune.

La fédération morbihannaise de la libre pensée et deux autres personnes ont demandé au maire de Ploërmel de retirer ce monument de tout emplacement public de la commune et ont saisi le tribunal administratif de Rennes qui par un jugement du 30 avril 2015 a fait droit à ce recours.

La Cour Administrative d’appel de Nantes a annulé ce jugement et rejeté les demandes des requérants, qui, sans désemparer se sont pourvus en cassation devant le Conseil d’État.

Par Arrêt en date du 25 Octobre 2017, la Haute Juridiction fait droit aux demandes des requérants au visa de l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905, aux termes duquel : « Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions ».

Dès lors que la croix constitue un signe ou un emblème religieux au sens de l’article 28 de la même loi, et que son installation par la commune n’entre dans aucune des exceptions ménagées par cet article, sa présence dans un emplacement public est donc estimée contraire à cette loi, et le Conseil d’Etat ordonne son retrait.

La première impression est celle du ridicule de la situation : Trois décisions de justice, des milliers d’euros de frais de procédure, et au final une statue de jean Paul II sur une place, sans croix au dessus, comme si Jean Paul II lui-même n’était pas un sacré signe religieux ostentatoire.

Puis je pense aux crèches dans les mairies (la chasse va être bientôt ouverte par toutes les obscures fédérations de libres penseurs qui semblent pulluler de partout), aux tristement célèbres burkinis sur les plages, et à toutes ces raisons que nous avons de craindre ces ayatollahs des temps nouveaux si mal nommés « libre penseurs » traquant sans relâche le moindre signe religieux.

Serons-nous bientôt obligés d'avoir des lieux de culte aux façades neutres comme les paquets de clope, ou bien pire tagués « la religion nuit à votre libre arbitre » ? 

Devrons nous y entrer discrètement, l’air coupable, comme si l’on entrait dans une maison close (elles ont d’ailleurs été malheureusement supprimées elles aussi !...).

Je laisse errer mon regard à travers la fenêtre.

Dans le bleu du ciel, le minaret devenu silencieux, m’envoie comme un clin d’œil.

Sans doute la Divinité à qui il est dédié se contrefout de nos agitations inutiles pour changer la nature des choses, puisque dans aucun temps et aucun pays un peuple n’a vécu sans croire.

Craignez, Maires de toutes les communes, de prendre le moindre arrêté municipal ordonnant ne serait-ce que la réfection d’un monument religieux, car le comité Théodule du coin saisira le Conseil d’Etat, qui, appliquant sa jurisprudence, ordonnera la démolition de l’ensemble !

Bien sûr, fort heureusement, et avec beaucoup d’humour, le Maire de Ploërmel a réagi et je suis informé de ce qu’il a renvoyé la doxa laïcarde dans ses cordes en donnant purement et simplement la partie du domaine public sur lequel est édifiée la statue à un particulier, ce qui règle le problème, chacun pouvant, encore, construire les monuments qu’il désire chez lui !

Mais je songe encore à cette affaire en écrivant ces lignes, revenu pour un temps dans la grise métropole, où les gens ont si peur les uns des autres.

Je songe à ce département français de l’Ile de la Réunion où les habitants n’ont jamais songé à se dresser les uns contre les autres pour un vêtement, un colifichet ou une odeur d’encens, disparues les croix, les statues de Saint Expedit aux carrefours, les panneaux Aid Moubarak en centre ville, les processions religieuses, les dragons dansant dans les rues, les appels à la prière… Disparues les cloches, les gongs, les chants, les tambours, les marches sur le feu …

Hasard du calendrier, au moment où le Conseil d’Etat décapitait une statue en Bretagne, l’Ile de la Réunion fêtait le Dipavali, la fête de la Lumière.

Selon la mythologie hindoue, les dieux supplièrent Krishna de débarrasser le monde du démon Naraka qui tourmentait le ciel et la terre. Une nuit, Krishna décapita donc le tyran avec son disque divin, le tchakra.

Au plan symbolique, la nuit représente l'ignorance de l'être humain de son essence divine, et le tchakra la connaissance qui tranche cette ignorance.

Cette fête est l'occasion de célébrer Latchimi, déesse de la Lumière et de la Prospérité. Les croyants, en costume traditionnel, se déplacent avec des bougies en procession nocturne et allument chez eux de petites lampes de terre cuite.

D’ailleurs cette Lumière de la connaissance, cette Lumière issue du siècle éponyme, cette Lumière qui libère et qui délivre, cette Lumière qui nous montre combien les êtres humains sont égaux entre eux et combien c’est beau de vivre ensemble, comment a-t-elle pu être à ce point pervertie pour qu’en son nom, l’on puisse former des querelles à propos d’une statue….

 

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commentaires

Avocat en ligne 17/11/2017 17:14

Très sympa, agréable à lire !
Ne pas désunir...