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1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 13:22

Le contentieux du permis à points révèle parfois des mystères inattendus.

Lorsque je reçus Alicia en rendez vous, je me pris à songer à un roman de René Barjavel, auteur chéri de ma jeunesse, qui y évoquait - le premier à ma connaissance – le « paradoxe du grand-père », paradoxe temporel dont le but est de rendre compte du caractère problématique ou improbable du voyage dans le temps rétrograde : un voyageur temporel se projette dans le passé et tue son grand-père avant même que ce dernier ait eu des enfants. De ce fait il n'a donc jamais pu venir au monde. Mais, dans ce cas, comment a-t-il pu effectuer son voyage et tuer son grand-père ?

Ce paradoxe a stimulé l'imagination d'auteurs de science-fiction et de philosophes tentant d'apporter une réponse plausible à l'un des grands mystères modernes, à la limite de l'entendement humain : Qu'advient-il du voyageur temporel ? Il pourrait se retrouver dans un plan de réalité autre que celui qu'il a quitté et dans lequel son grand père n'a pas encore eu d'enfant ou bien, être pris dans une boucle temporelle infinie dans son seul et unique plan de réalité où il serait sans cesse amené à perpétuer son acte ou encore, être projeté dans un nouveau plan de réalité où lui-même et tous ses ascendants n'existent pas, ce qui le mettrait de fait dans l'impossibilité de perpétrer son acte...

Sur mon bureau, juste deux ou trois papiers…

La situation d’Alicia, bien loin de Barjavel et Azimov, était bien plus terre à terre : Heureuse titulaire d’un permis de conduire probatoire, elle avait un peu trop fêté on ne sait quelle occasion, et contrôlée par une maréchaussée vigilante, s’était bien vite retrouvée verbalisée pour conduite sous l’empire d’un état alcoolique, puis condamnée dans la foulée.

La donzelle s’était alors précipitée pour effectuer un stage de sensibilisation à la sécurité routière, pensant récupérer ainsi les quatre points lui permettant d’éviter la catastrophe.

Las ! Tatillonne, l’administration lui indiquait alors que son stage ne pouvait être pris en compte dans la mesure où son permis était invalidé pour solde de points nuls, et dans le même mouvement, elle recevait la sinistre lettre modèle 48 SI de triste réputation, constatant l’invalidation dudit permis.

Échec et mat. J’aime les échecs mais je ne joue que dans le but de gagner. Il a alors fallu chercher plus loin.

La Loi nous dit que lorsqu’il est obtenu pour la première fois, le permis de conduire est un permis probatoire dont le nombre de points augmente avec le temps à condition de ne pas commettre d'infraction. Le permis probatoire est doté de 6 points au moment de son obtention et ne passe à 12 points qu'à l'issue de 3 ans et si aucune infraction n'a été commise.

La règle est que si le jeune conducteur commet la première année du permis probatoire une infraction entraînant un retrait de 6 points, le conducteur est informé par lettre recommandée avec accusé de réception de l'invalidation de son permis pour solde de points nul et ile peut plus passer de stage de sensibilisation à la sécurité routière. Il doit repasser l'examen du permis de conduire.

La Loi dit encore que tout conducteur, titulaire du permis de conduire français, en cours de validité, ayant fait l'objet de l'envoi d'un courrier en recommandé avec accusé de réception lui notifiant la perte de points peut effectuer un stage pour récupérer des points, qu’il soit un conducteur novice ou expérimenté. Le stage d’une durée de deux jours consécutifs, lui permettra de récupérer un maximum de 4 points, étant précisé que le montant maximum de points pouvant être porté sur un permis est de douze pour un conducteur expérimenté, et de six la première année d’un permis probatoire.

La Loi, et surtout la jurisprudence édicte enfin la règle selon laquelle l’administration doit aviser le contrevenant de la perte de ses points, et la charge de la preuve lui incombe.

Sur ces bases, Alicia se retrouve au moment ou elle effectue son stage avec un permis probatoire affecté de six points, la perte de six points perdus à la suite de sa condamnation ne lui ayant pas été notifiée.

Ainsi, les quatre points récupérés durant le stage ne servent à rien puisqu’elle ne peut disposer de plus de six points.

Or, en réalité, compte tenu de l’infraction commise de conduite sous l’empire d’un état alcoolique, infraction entrainant la perte de six points, elle n’a plus aucun point sur son permis.
Elle peut donc profiter des quatre points générés par le stage et se retrouver ainsi avec quatre points sur son permis de conduire.

Sauf que son permis est invalidé et qu’il est impossible de réaffecter des points à un permis qui n’existe plus.

Sauf qu’elle n’a pas été avisée de la situation, et ainsi, son permis de conduire à toujours six points.

Donc elle peut faire le stage et récupérer quatre points.

Mais alors elle ne récupère aucun point supplémentaire puisqu’elle est au maximum de ses six points.

Sauf qu’elle n’a plus de points.

Donc elle peut ajouter les quatre points du stage.

Sauf qu’on ne rajoute pas de points à un permis annulé

Sauf qu’il n’est pas encore annulé

Donc …

Migraine.

Doliprane.

Ou plutôt LAGAVULIN double fermentation et Magnum 50 de H UMPANN.

Revenons à Barjavel : Son voyageur imprudent se projette dans le passé, et est conduit à tuer son arrière grand père. Dès lors, il ne peut plus exister, son aïeul n’ayant pas pu avoir de descendance. Donc ne tue jamais son arrière grand père. Donc il existe. Donc tue son arrière grand père. Donc n’existe pas. Donc ?

Il fallait expliquer à l’Administration qu’Alicia ne pouvait pas être à la fois considérée comme avoir six points, donc irrecevable à récupérer les quatre points du stage, et comme n’en ayant plus aucun, derechef irrecevable à les récupérer, s’agissant d’un permis qui n’existait plus.

Au moment du stage, elle se trouvait dans une twilight zone ou elle avait tout à la fois trop de points et pas assez, le plein de points et une absence totale de points.

La procédure habituelle fut lancée avec la vigueur habituelle, recours en annulation, référé suspension, ca rigole pas.

Nous décidâmes d’ajouter à la fusée un recours gracieux auprès du Ministre de l’Intérieur, peut être lecteur de Barjavel.

Un mois et demis après, Alicia à eu le grand plaisir de recevoir une missive à entête bleu blanc rouge lui confirmant la validité de son permis de conduire affecté de quatre points. KO debout contre la Préfecture c'est un plaisir qui se savoure !

Merci Barjavel, et toi, voyageuse imprudente qui m'a inspiré ce texte, attention aux mojitos…

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